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Percevoir un salaire durant sa formation en soins infirmiers : mythes et réalités sur les stages rémunérés et les aides financières

La question du financement des études en soins infirmiers suscite de nombreuses interrogations chez les futurs étudiants. Entre les rumeurs de stages grassement rémunérés et la réalité du terrain, il est essentiel de faire le point sur les véritables possibilités de percevoir un revenu durant cette formation exigeante. La pénurie de main-d'œuvre hospitalière actuelle renforce l'importance de clarifier ces enjeux financiers pour les candidats à la profession infirmière.

La rémunération des stages infirmiers : démêler le vrai du faux

Les gratifications de stage selon les années de formation

Contrairement à une idée répandue, les indemnités de stage versées aux étudiants en soins infirmiers demeurent modestes. Les montants hebdomadaires ont certes été revalorisés en 2021 avec une augmentation de vingt centimes par heure, mais ils restent limités. En première année, les étudiants reçoivent désormais trente-six euros par semaine, contre vingt-huit euros auparavant. Pour la deuxième année, la gratification stage passe de trente-huit à quarante-six euros hebdomadaires. Enfin, les étudiants de troisième année perçoivent soixante euros par semaine, au lieu de cinquante euros précédemment. Ces indemnités de stage sont versées directement par les établissements de santé accueillant les ESI durant leur formation soins infirmiers.

Au-delà de ces indemnités horaires, les frais de transport peuvent également être pris en charge sous certaines conditions strictes. Cette compensation s'applique lorsque le stage se déroule en France mais hors de la commune de l'IFSI, pour les trajets entre le lieu de stage et l'institut de formation ou le domicile. Les transports en commun sont systématiquement concernés, tandis que certains véhicules personnels peuvent aussi faire l'objet d'un remboursement. Les indemnités kilométriques applicables sont alors définies par un arrêté spécifique et le remboursement nécessite la présentation de justificatifs. Cette prise en charge des déplacements représente un soutien non négligeable pour les étudiants effectuant leurs stages rémunérés dans des structures éloignées.

Les idées reçues sur la rémunération systématique des étudiants

Une récente question écrite adressée à l'Assemblée Nationale par Emmanuel Fernandes, publiée au Journal Officiel du sept octobre 2025, a mis en lumière la faiblesse de la rémunération étudiants infirmiers. Cette intervention parlementaire souligne que les gratifications oscillent entre un euro et un euro soixante-dix de l'heure selon l'année d'études, des montants qui ne permettent pas de vivre décemment. Le député demande au gouvernement de réformer ce système d'indemnisation pour l'aligner sur les standards des autres filières en alternance, où les étudiants bénéficient de conditions financières plus avantageuses.

Il existe toutefois une évolution positive depuis la loi de modernisation du système santé 2016, votée le vingt-six janvier. L'article cent dix-huit de cette loi, modifiant l'article L.4311-12 du Code de la Santé Publique, stipule que les actes réalisés par les étudiants en stage sont désormais réputés accomplis par l'infirmier diplômé qui les encadre. Cette mesure permet la facturation actes stage auprès de l'Assurance Maladie, notamment lorsque les étudiants effectuent leurs stages auprès d'IDEL. Avant janvier 2016, cette facturation était interdite car l'article 5.2.6 de la convention nationale des infirmiers et l'article cinq de la Nomenclature générale des actes professionnels exigeaient que les soins soient personnellement dispensés par l'infirmier libéral. Cette modification législative vise à encourager l'accueil d'étudiants dans les structures ambulatoires et cabinets libéraux, diversifiant ainsi les lieux de stage. Environ cent dix mille infirmiers libéraux pourraient théoriquement accueillir des étudiants grâce à cette mesure, même si la question du tutorat infirmier et de sa rémunération reste en suspens.

Les aides financières disponibles pour les futurs infirmiers

Les bourses sur critères sociaux et allocations spécifiques

Pour compenser la faiblesse des indemnités de stage, les étudiants peuvent solliciter diverses bourses CROUS calculées selon leurs ressources familiales. Ces bourses s'échelonnent de mille quatre cent cinquante-quatre euros à six mille trois cent trente-cinq euros par an, constituant ainsi un soutien substantiel pour le financement études infirmières. L'aide au mérite complète ce dispositif avec un montant maximal de neuf cents euros annuels pour les étudiants ayant obtenu une mention très bien au baccalauréat. L'Allocation spécifique annuelle, ou ASA, offre également un appui financier équivalent aux tranches des bourses sur critères sociaux.

Les APL représentent une autre source de financement non négligeable, permettant aux étudiants de percevoir entre cent et deux cent cinquante euros mensuels pour alléger leurs charges de logement. L'Allocation spécifique ponctuelle, ou ASP, peut apporter entre cent et mille six cent quatre-vingt-sept euros en cas de difficultés passagères. Le Fonds National d'Aide d'Urgence, ou FNAU, intervient selon la situation particulière de chaque étudiant pour répondre à des besoins ponctuels. Enfin, l'aide à la mobilité internationale permet aux étudiants effectuant une partie de leur cursus à l'étranger de bénéficier d'environ quatre cents euros mensuels durant leur séjour.

Les dispositifs régionaux et les prêts étudiants avantageux

Les aides régionales constituent un complément essentiel au dispositif national. Les collectivités territoriales proposent des bourses régionales variant de trois cent cinquante à six cents euros par mois, ainsi que des enveloppes globales pouvant atteindre trois mille à huit mille euros sur l'ensemble du cursus de trois ans. Ces dispositifs témoignent de la volonté des régions de soutenir les formations en soins infirmiers face aux besoins croissants en personnel soignant. L'ARS joue également un rôle déterminant dans l'accompagnement des futurs professionnels, particulièrement pour ceux envisageant une installation en zones sous-dotées.

Pour les étudiants ayant besoin d'un soutien financier immédiat, différentes solutions de prêts existent. Les prêts étudiants avantageux négociés avec les établissements bancaires permettent d'emprunter à des taux préférentiels avec un remboursement différé après l'obtention du diplôme. Ces mécanismes facilitent la gestion du budget pendant la période de formation, où concilier emploi-études s'avère complexe. La formation en IFSI demeure relativement accessible dans le secteur public avec des frais de scolarité compris entre cent soixante-dix et deux cent cinquante euros par an, tandis que le privé peut atteindre trois mille euros annuels. Cette différence tarifaire importante influence les choix d'orientation et souligne l'importance des dispositifs d'aide financière.

Les alternatives pour financer ses études en soins infirmiers

La formation par apprentissage et les contrats professionnels

La formation en alternance représente une solution particulièrement attractive pour les étudiants souhaitant percevoir une véritable rémunération tout en suivant leur cursus. Les partenariats entre institutions de santé et écoles d'infirmières permettent de proposer des contrats de professionnalisation où les périodes de cours alternent avec du travail rémunéré au sein des établissements. Cette formule offre de multiples avantages : elle réduit considérablement le stress financier, permet l'acquisition d'une expérience professionnelle pertinente et renforce le sens de la responsabilité et de l'autonomie des futurs infirmiers. Les étudiants en contrat professionnalisation bénéficient d'un statut de salarié avec une rémunération mensuelle, ce qui change radicalement leur situation économique par rapport au parcours classique.

Pour ceux envisageant une reconversion professionnelle vers les soins infirmiers, le CPF constitue un levier majeur. Ce dispositif permet d'accumuler environ cinq cents euros par an de droits à la formation, mobilisables pour financer tout ou partie du cursus. Le Projet de Transition Professionnelle, ou PTP, maintient entre quatre-vingt-dix et cent pour cent du salaire durant la formation, offrant ainsi une sécurité financière essentielle. L'Allocation de Retour à l'Emploi Formation, ou AREF, verse entre trente et soixante euros par jour aux demandeurs d'emploi en formation. Les régions complètent ces dispositifs nationaux avec des aides spécifiques à la reconversion pouvant atteindre quatre mille à huit mille euros sur l'ensemble du cursus, démontrant une volonté politique forte d'accompagner les changements professionnels vers ce secteur en tension.

Les jobs étudiants compatibles avec le cursus infirmier

Le travail à temps partiel durant les études constitue une option privilégiée par de nombreux étudiants pour améliorer leur situation financière. Toutefois, cette démarche nécessite une gestion efficace du temps et une planification rigoureuse pour ne pas compromettre la réussite académique. Les emplois sur le campus hospitalier ou dans les établissements de santé présentent l'avantage d'offrir des horaires adaptables et une proximité avec le domaine d'études. Certains étudiants optent pour des missions d'aide-soignant ou d'auxiliaire de vie, qui enrichissent parallèlement leur expérience pratique. La communication claire des disponibilités à l'employeur s'avère essentielle pour maintenir un équilibre entre obligations professionnelles et exigences de la formation.

L'employabilité constitue un enjeu central de ces différentes formules de financement. Les étudiants ayant bénéficié d'une rémunération durant leur formation, que ce soit par l'alternance ou un emploi complémentaire, développent des compétences interpersonnelles et de prise de décision particulièrement valorisées sur le marché du travail. Cette expérience professionnelle facilite ensuite l'accès à des formations spécialisées et accélère les évolutions de carrière. Pour ceux envisageant une installation cabinet libéral après leur diplôme, plusieurs dispositifs d'accompagnement existent. L'ACRE propose des exonérations fiscales, tandis que l'ARCE verse soixante pour cent des allocations chômage restantes en deux versements. Le prêt sur l'honneur peut atteindre trente mille euros, et le microcrédit professionnel monte jusqu'à douze mille euros. Les collectivités territoriales offrent également des aides comprises entre mille et dix mille euros pour faciliter ces installations.

Les zones sous-dotées bénéficient d'incitations spécifiques via les contrats d'aide à l'installation. Le CAII propose vingt-sept mille cinq cents euros sur cinq ans avec un complément mensuel de cent cinquante euros en cas d'accueil d'un étudiant IFSI. Le CAPII offre trente-sept mille cinq cents euros sur cinq ans dans les mêmes conditions. Une aide forfaitaire annuelle pouvant atteindre trois mille euros pendant trois ans et le CAMI de trois mille euros par an complètent ces dispositifs. Le FAMI finance quant à lui la modernisation des cabinets avec des aides à la télétransmission de quatre cent quatre-vingt-dix euros, à l'équipement de télémédecine de trois cent cinquante euros et aux appareils médicaux connectés de cent soixante-quinze euros. En cas de difficultés financières, l'action sociale CPAM et les aides exceptionnelles régionales constituent des filets de sécurité. Le DPC assure par ailleurs le financement de la formation continue via le FIF-PL avec un plafond de sept cent cinquante euros maximum par an et l'OPCO Santé selon le coût des formations.

Face à un budget moyen nécessaire de vingt mille à cinquante mille euros pour ouvrir un cabinet infirmier hors cotisations sociales, ces multiples dispositifs d'accompagnement révèlent une volonté institutionnelle de soutenir la profession. Ils témoignent également de la reconnaissance progressive des contraintes financières pesant sur les étudiants durant leur formation et en début de carrière professionnelle.